Alors que le vent d’automne souffle et que la brume commence à se lever, je regarde par la fenêtre de la chaumière, une tasse fumante à la main. Je fixe le sentier, j’attends. Je sais qu’elles vont arriver. Leur saison est venue, celle de leurs célébrations, mais aussi celles de leur infinie fatigue. De voyages en sortilèges, les sorcières parcourent le globe en cette période, pour enchanter le monde. Elles prennent soin de la magie. Mais qui prend soin d’elles ?
Je suis prête, Chaumy aussi. La porte leur est ouverte, le salon de thé imaginé par la chaumière n’attend que de les accueillir. Déjà j’entend leurs voix dans le vent, je vois leurs silhouettes se dessiner. Elles marchent depuis des heures, le sac lourd sur leurs épaules, le cœur pesant d’autant de fardeaux invisibles. Elles n’attendent plus rien, sinon un endroit où s’asseoir.
C’est là qu’une petite lumière leur apparait, dans un tournant du chemin. La chaumière.
La première sorcière est là, elle pose la main sur la poignée : la porte s’ouvre d’elle-même, et une chaleur parfumée vient l’accueillir.
Là où les sorcières posent leurs capes
Cet automne, Chaumy a créé une pièce spéciale, juste pour elles, un salon de thé secret.
Un refuge hors du temps.
La cheminée ronronne doucement, un parfum de cannelle et de café flotte dans l’air, et sur les tables attendent des douceurs dorées. Ici, elles peuvent enfin déposer leurs capes, poser leurs baguettes et respirer.
L’une s’assoit dans un fauteuil, une autre sur le bord d’une fenêtre, un petit groupe rit à une table. Je vois leurs épaules se délester, leur corps se détendre.
Moi, je ne suis pas vraiment l’une des leurs, je ne ne suis pas une grande magicienne, juste leur hôte pour un temps. Mais je veille. Je prépare des infusions, je cuisine quelques gourmandises, et surtout… je façonne des bougies comme des potions. De petites flammes capables d’apporter un éclat de chaleur, une respiration, une parenthèse.
Les quatre lueurs
Ce soir, quatre flammes dansent autour de nous.
Elles ne sont pas que des bougies : elles sont des compagnes, prêtes à offrir à chaque sorcière ce dont elle a besoin.
- Citrouille ensorcelée
Près de l’entrée, flamboyante et chaleureuse, une bougie aux teintes orangées. Son parfum de citrouille épicée rappelle les festins d’automne et les veillées joyeuses. Elle accueille celles qui viennent chercher une lueur d’hospitalité. Une sorcière s’approche et sourit malgré elle. Cette bougie deviendra sa lanterne, son ancre, le rappel qu’il existe des saisons où l’on peut simplement se réchauffer au parfum d’une citrouille sucrée.

- Réveil des Sorcières
Un pot ambré posé sur le comptoir exhale les notes profondes d’un mocaccino. Cette flamme-là, je la tends aux sorcières qui n’arrivent plus à ouvrir les yeux après une nuit trop longue, l’esprit embrumé par les sortilèges. Le chocolat adoucit le café, la vanille l’enveloppe comme un châle jeté sur ses épaules. Elle réveille doucement, avec gourmandise pour retrouver un peu de clarté, un peu de courage. Le jour peut commencer — doucement, mais sûrement.

- Rituel et Cannelle
Parfois elles viennent à plusieurs et s’installent en riant dans les canapés moelleux. Devant elles, sur la table basse recouverte de douceurs, une bougie ambrée exhale la senteur réconfortante des roulés à la cannelle. C’est une flamme de complicité, celle qu’on allume lors d’une pause gourmande, entre rires et confidences.

- Thé et Grimoire
Pour les sorcières solitaires, un peu à l’écart, une tasse fumante abrite une flamme douce et épicée, parfumée au thé chaï latte. Elle semble attendre qu’on s’installe avec un grimoire ou une histoire à raconter. C’est la lueur des songes et des pages qu’on tourne au coin du feu. Ici, le monde s’arrête. Dans ce cocon, on peut lire, rêver, réfléchir — ou simplement rester, enveloppée par le calme et la lumière.

Un éclat à emporter
Je les regarde évoluer dans ce lieu ressource. Certaines ne restent qu’un instant… juste le temps d’un thé brûlant. D’autres s’autorisent quelques heures, quelques jours.
Et puis elles repartent. Mais avant de quitter le salon, chacune emporte une flamme.
Parce que ces bougies ne sont pas seulement des lueurs ici, dans la chaumière : elles deviennent des éclats à rallumer chez soi, un morceau de réconfort à garder pour les jours de fatigue.
Alors, quand je leur tends leur flacon de chaleur, je glisse aussi une invitation :
« La Chaumière t’est ouverte. Tu y es toujours attendue. »

